Manifesto Mœmento // We Are All Fugees 

« We are all Fugees ! ». Nous sommes tous des réfugiés. Ce sont les mots que Jeff, un Américain bloqué à Lagos me lâcha, un jour où il me partageait son histoire. Cela faisait deux ans qu'il se battait sans relâche avec la justice Nigériane pour obtenir la garde de sa fille. Pour lui, que l'on soit réfugié politique ou réfugié dans nos propres doutes et certitudes, nous avions tous le même statut. Et j'étais la, voyageant depuis un moment avec mon « Afghan Box », - cette mystérieuse boîte en bois me servant à la fois d'appareil photo et de labo de développement-, à me demander quel lien implicite reliait toutes ces personnes photographiées rencontrées sur mon chemin. Et si Jeff avait raison ?

 

Tout réfugié a une histoire à raconter, que ce soit par les mots, le cœur, le corps, ou par les émotions qu'il renvoie. Etait-ce ce que je voulais capturer et figer sur le papier baryté à l'aide des sels d'argent ? Et par la même occasion, comprendre mon rapport au monde, trouver ma propre place et l'affirmer ?

Les paroles de Jeff me donnaient le fil rouge d'une pratique que je croyais hasardeuse depuis des années, alors qu'elle s'approchait petit à petit du chemin initiatique. Comprendre les autres pour mieux se comprendre, et inversement. L'effet miroir est inévitable, et cette boîte, personnifiée en Cyclope au fil du temps, me le rappelait à chaque prise de vue. 

                                                    

"We are all Fugees! ".These are the words that Jeff, an American stuck in Lagos, told me one day while he was sharing his story with me. He had been fighting tirelessly with the Nigerian justice system for two years to get the custody of his daughter.
For him, whether we are a political refugee or a refugee in our own doubts and certainties, we all had the same status. And I was there, traveling for a while with my "Afghan Box" - this mysterious wooden box serving as both a camera and a development lab - wondering what implicit link connected all these photographed people encountered on my way. What if Jeff was right?

 

Every refugee has a story to tell, through his words, heart, body, or through the emotions they convey. Was this what I wanted to capture and fix on baryta paper with the help of silver salts? And at the same time, understand my relationship to the world, find my own place and assert it? Jeff's words gave me the common thread of a practice that I thought uncertain for years, while it was gradually approaching the initiatory trip. Understanding others to understand myself better, and vice versa.

The mirror effect is inevitable, and this box, personified into a Cyclop over time, would remind it to me after each shot.

Adrien Tache | Photographe Indépendant © 2020 / Tous droits réservés